On ne roulait encore que sur des autoroutes, ces longues et larges bandes d'asphalte chuintantes qui se déroulaient à perte de vue, et l'avenir se résumait à peu de choses: croiser quelques sorties, ça et là, rattraper une autre bretelle, changer de file en passant une autre vitesse.
Ainsi clairement tracé, la vie entière semblait ne pouvoir en aller autrement.
On filait à toute allure, guettant une fin de parcours, la sortie du circuit qui nous mènerait au suivant, puis à un autre, encore un autre.
Parfois, je fais la sortie des lycées. je regarde ces visages soucieux de beaucoup de minuties, desquels filtre un savoir déjà universel. Le monde n'a plus de secret pour eux, et god, ce qu'il peut être laid !
Et ils s'engouffrent les uns à la suite des autres sur de nouveaux chemins, ils prennent la tangente.
Et pilent. Et calent.
Des routes moins larges, qui mènent à d'autres routes plus petites, dont certaines débouchent sur des cul-de-sac d'où ils mettent une éternité à se désembourber. Un réseau tentaculaire qui a l'air de s'étendre à l'infini, un horizon si démesurément grand que le champ de vision ne peut en offrir une vision d'ensemble. Ils se perdent. Ils prennent peur. Ils ont raison.
Je regrette mes années de lycée, ces instants fragiles que l'on a pas su apprécier et dont on cherchait au contraire à se dépêtrer. je me souvins le temps envolé des grands enfants qui exhalaient dans l'air de grosses bouffées de fumée, je revois chaque jour sur leurs visages cette même certitude que le monde est petit.
Je cale au milieu de nulle part et il n'y a pas de carte dans la boîte à gants. Je flippe. J'ai 18 ans, même pas 19, c'est à peine plus que les grands enfants. Malheureusement pas assez.
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